Le théâtre d'improvisation, communément abrégé en impro, est une forme de théâtre vivant où les scènes, les personnages et les dialogues sont inventés sur le moment, sans script. Les joueurs entrent sur scène en ne connaissant qu'une proposition du public (un lieu, une relation, un métier, une émotion) et construisent l'histoire instant après instant. Souvent un musicien improvise à leurs côtés.
Le travail est collaboratif : chaque joueur accepte ce que son partenaire propose et y ajoute quelque chose, si bien que l'histoire émerge de la spontanéité et de l'inspiration mutuelle plutôt que d'un plan d'auteur. Le quotidien devient la scène ; l'intellect qui nie cède la place à l'imaginaire.
Quelles sont les règles de l'impro ?
Presque toutes les écoles d'impro dans le monde enseignent d'abord trois principes fondamentaux :
- « Oui, et » : accepter la proposition de son partenaire de scène et construire dessus, plutôt que la nier ou la bloquer.
- Mettre son partenaire en valeur : se concentrer sur le soutien à l'autre, pas sur sa propre intelligence.
- Il n'y a pas d'erreurs : chaque mouvement inattendu est un cadeau à intégrer, pas un problème à corriger.
Pour aller plus loin, voir les trois règles de l'impro, et nos échauffements pour mettre ces principes en pratique.
Forme courte ou forme longue ?
L'impro courte (le style Whose Line Is It Anyway ?) repose sur des jeux distincts de 2 à 5 minutes, chacun avec une contrainte comique donnée par le public. Voir notre liste de jeux d'impro.
L'impro longue construit un spectacle entier de 25 à 60 minutes à partir d'une seule proposition, en tissant plusieurs scènes en un ensemble cohérent. La forme longue la plus connue est le Harold, mis au point au iO Chicago.
Histoire
Les racines du théâtre d'improvisation moderne passent par trois traditions.
La Commedia dell'Arte (XVIe-XVIIIe siècle, Italie) : des comédiens masqués improvisaient autour de personnages types et de canevas. C'est la première forme organisée de théâtre improvisé dans la tradition occidentale et la base de tout ce qui a suivi.
Viola Spolin (Chicago, années 1940-1950) : Spolin développe un corpus d'exercices d'improvisation qu'elle appelle « theater games », d'abord pour aider des enfants immigrés à apprendre l'anglais par le jeu. Son livre Improvisation for the Theater (1963) codifie ce travail, et ses jeux restent aujourd'hui le socle de la plupart des formations d'impro. Son fils Paul Sills fonde à Chicago en 1955 la troupe étudiante The Compass Players, qui devient ensuite The Second City (1959). Inspirés par les théories théâtrales de Bertolt Brecht, The Compass Players renouent avec les principes de la Commedia dell'Arte et jouent des improvisations satiriques et socialement critiques sur des canevas proposés par le public.
Keith Johnstone (Royaume-Uni puis Canada, à partir des années 1960) : au Royal Court Theatre de Londres, Johnstone expérimente avec ce qu'il appelle la « Theatre Machine ». La censure britannique de l'époque exigeant que les pièces soient approuvées avant représentation, il présente son travail improvisé comme une compétition sportive et l'appelle Theatresport. Il émigre ensuite au Canada et fonde le Loose Moose Theatre Company, toujours actif. Son livre Impro (1979) transforme la manière dont les improvisateurs pensent la spontanéité, la narration et le statut.
Ces traditions ont convergé pour donner la scène impro mondiale d'aujourd'hui. Le format compétitif à deux équipes que Johnstone a développé au Canada s'est aussi enraciné en France, en Espagne et en Italie, tandis que la tradition de Chicago s'est diffusée à travers l'Amérique du Nord et l'Europe par les stages et les festivals.
Des traces plus anciennes du jeu improvisé remontent bien plus loin : au mimus de la Grèce antique, aux troubadours médiévaux, et aux expériences du Stegreiftheater dans la Vienne du début du XXe siècle, que Jakob Levy Moreno développa ensuite en jeu de rôle psychodramatique à visée thérapeutique. Aucun lien direct ne les relie aux lignées de Chicago et européenne actuelles, mais elles montrent que l'improvisation a toujours fait partie du théâtre. Elle a reculé quand le drame écrit dominait, puis a refait surface au XXe siècle comme art à part entière.
L'impro, est-ce forcément de la comédie ?
La plupart des spectacles d'impro publics sont comiques, mais l'impro n'est pas, par définition, de la comédie. La technique réside dans l'absence de texte écrit ; la comédie en est un résultat fréquent, pas une exigence. L'improvisation est aussi utilisée dans le théâtre dramatique, la formation d'acteurs, la thérapie (psychodrame) et la formation en entreprise.
Pour commencer
Envie d'essayer l'impro ? La plupart des villes proposent des cours d'essai ; consultez notre annuaire des troupes d'impro pour trouver une compagnie ou une école près de chez vous, ou parcourez notre calendrier des ateliers et spectacles. Pour jouer chez vous, commencez par notre liste de jeux d'impro et nos échauffements.